« [Le commandant] fit faire un fossé d’enceinte autour de la Ville, et il plaça des corps de garde à ses quatre extrémités ; il forma pour la défense plusieurs compagnies de milices bourgeoise, qui continuent de monter la garde tous les soirs. Comme il y avait plus à craindre dans les concessions et les habitations que dans la Ville, on s’y est fortifié avec plus de soin … »
Reuben Gold Thwaites (ed.), Travels and Explorations of the Jesuit Missionaries in New France, 1610-1791, The Surrows Brothers Company, Cleveland, 1900, Lettre du père Mathurin Le Petit, t. 68, p. 186. (1730)


L’aménagement de la colonie s’est fait en plusieurs étapes, et s’est appuyé sur un réseau de forts et de postes militaires, ainsi que sur quelques villages en Illinois (Sainte-Geneviève, Cahokia, Cascaskia, Prairie du Rocher, Saint-Philippe) et deux villes importantes en Basse-Louisiane : La Mobile et La Nouvelle Orléans.

Broutin, Les Caskaskias, projet du fort des Illinois, 1734
CAOM, colonies CA, C 13A.19, F°219
Broutin, Les Caskaskias, projet du fort des Illinois, 1734
CAOM, colonies CA, C 13A.19, F°219

En raison de la faible présence numérique des Français, le réseau des forts est établi au voisinage immédiat des tribus indiennes amies, avec lesquelles il est ainsi plus facile de négocier et de traiter. Des enfants de la colonie sont placés dans ces tribus, de façon à en apprendre les langues et les usages. Ils y ont toujours été bien accueillis. Les concessions importantes sont également placées dans ce voisinage, et lorsque ce n’est pas le cas, elles sont elles-mêmes dotées d’un petit fort, propre à en assurer la défense. Quelques forts sont également bâtis aux limites revendiquées de la colonie, côté anglais (fort des Alibamons, fort de Tombecbé), ou espagnol (fort des Natchitoches). Tous sont construits en bois, à l’exception du fort Condé de La Mobile (reconstruit en brique) et du fort de Chartres (reconstruit en pierre). La petite ville de La Mobile est fondée en 1702, et déplacée en 1711 sur son site actuel en raison d’une inondation. Bâtie selon un plan régulier tracé par Iberville, la première Mobile est faite de baraques en bois et d’un petit fort carré abritant la chapelle. Plus grande, la seconde Mobile est dessinée par l’ingénieur Chevillot ; la plupart de ses maisons sont de charpente et de brique, et le fort Condé occupe un espace central laissé vacant.

Devin, Plan général et projet d’extension de la ville de La Mobile en 1734
CAOM, C13A 19, fol.188
Devin, Plan général et projet d’extension de la ville de La Mobile en 1734
CAOM, C13A 19, fol.188

La Nouvelle Orléans est fondée en 1718 par Bienville. L’ingénieur Pauger est appelé à en tracer le plan, qui devient le modèle le plus abouti de l’urbanisme classique français en Amérique. Symétrique, la ville s’étale au centre d’une courbe à angle droit du Mississippi. Elle a pour axe central une grande place, au fond de laquelle s’élève l’église Saint-Louis, visible de très loin sur le fleuve. Pour tous les Louisianais, elle devient aussitôt « la Ville », lieu symbolique de l’esprit créole.

Le Blond de la Tour, Un des premiers projets de La Nouvelle Orléans
CAOM, DFC Louisiane, 6B/68d
Le Blond de la Tour, Un des premiers projets de La Nouvelle Orléans
CAOM, DFC Louisiane, 6B/68d


La Nouvelle Orléans