« Les sauvages de ce pais, qui n’en ont pour ainsi dire que le nom et la figure, ne seront point difficiles a conduire pour des personnes capables et surtout qui sachent les prendre par la douceur et ne leur point faire d’injustices »
CAOM, DFC Louisiane n° 9, liasse 7, p. 77 (1721)


Lorsque les Français arrivent en Louisiane, ils sont loin d’explorer une terre inconnue. Depuis le XVIe siècle en effet, les Européens parcourent des territoires au sein desquels de nombreux peuples Indiens ont, depuis des siècles, tissé des liens de civilisation.

Indiens du Mississippi, Peau peinte (XVIIIe siècle) avec des motifs empruntés à l’art européen
Musée de l'homme, Collections d’Amérique 78.32.161 Indiens du Mississippi, Peau peinte (XVIIIe siècle) avec des détails sur des campements Indiens et des maisons européennes
Musée de l'homme, Collections d’Amérique 34.33.7
  [1] Indiens du Mississippi, Peau peinte (XVIIIe siècle) avec des motifs empruntés à l’art européen
Musée de l'homme, Collections d’Amérique 78.32.161
  [2] Indiens du Mississippi, Peau peinte (XVIIIe siècle) avec des détails sur des campements Indiens et des maisons européennes
Musée de l'homme, Collections d’Amérique 34.33.7

Si la notion de « nation indienne » recouvre pour eux l’appartenance à un groupe autant qu’à un lieu, la plupart d’entre eux vivent néanmoins sur des étendues aux frontières connues, faisant l’objet d’ailleurs de fréquents conflits. C’est que pour eux, le lien entre l’idée de « nation » et celle de « milieu naturel » est fondamental. Ils considèrent les Européens comme des locataires encombrants, dont on peut apprendre beaucoup, mais à la condition qu’ils payent en respect et en cadeaux leur présence.

Indiens, Roi et Reine du Mississipi 
Musée Stewart, Montréal Non seulement les Indiens d’Amérique du Nord connaissent les ressources de leur pays, son écologie, son étendue, mais ils regroupent environ cent mille guerriers aux alentours de 1700. Ce nombre va fondre très rapidement. En Louisiane, les pères Jésuites estiment que là où les Français se sont établis, 15% seulement des Indiens ont résisté aux vingt premières années de la colonisation. L’alcoolisme, les maladies vénériennes, les guerres tribales activées par les Français et les Anglais au nom de leurs intérêts propres, déciment ces populations vivant jusque là en autarcie.
Indiens, Roi et Reine du Mississipi
Musée Stewart, Montréal


État des nations sauvages, Mémoire du gouverneur Kerlérec en décembre 1758
CAOM, C13A 40, f° 135 Fragment du journal du premier voyage de Le Moyne d’Iberville en Louisiane, le 6 juin 1699
AN, Marine, 2JJ 56 (X, 6)
  [1] État des nations sauvages, Mémoire du gouverneur Kerlérec en décembre 1758
CAOM, C13A 40, f° 135
  [2] Fragment du journal du premier voyage de Le Moyne d’Iberville en Louisiane, le 6 juin 1699
AN, Marine, 2JJ 56 (X, 6)

Les Français prennent des concubines indiennes par défaut de femmes européennes, et des esclaves indiens par défaut de Noirs. Le devoir d’évangélisation incline prêtres et missionnaires à supporter les unions interraciales et à reconnaître et baptiser les enfants qui en sont issus.

Prêche aux Indiens
La Hontan, Dialogues de Monsieur le baron de La Hontan et d'un sauvage dans l'Amérique, Amsterdam, 1704 : frontispice.
BNF, Imprimés
Prêche aux Indiens
La Hontan, Dialogues de Monsieur le baron de La Hontan et d'un sauvage dans l'Amérique, Amsterdam, 1704 : frontispice.
BNF, Imprimés

Du point de vue culturel, l’ethnocide est pire encore : les coutumes indiennes font l’objet de nombreux reportages, des Indiens sont même emmenés en France comme des bêtes curieuses, mais jamais leurs civilisations ne sont mises au rang des usages européens.

Augustin de Saint-Aubin, Visite d’un Indien d’Amérique dans un cabinet d’Histoire naturelle (1757)
Musée du Nouveau monde, La Rochelle
L’Indien est donc respecté comme un frère impur, mais il n’est pas reconnu comme un égal. Travailleur esclave, il est vendu la moitié d’un Noir ; personne libre, c’est un étranger dont la puissance réside dans les faibles moyens dont disposent les Français pour acheter la paix. Si les mœurs des Indiens se trouvent décrites, c’est comme il en serait de la description de la faune ou de la flore, et l’on n’insiste guère sur ce que les colons leur doivent d’essentiel : nourriture en temps de disette, remèdes en cas de maladies, conseils dans l’établissement des plantations, significativement toujours situées à proximité des villages indiens.
Augustin de Saint-Aubin, Visite d’un Indien
d’Amérique dans un cabinet d’Histoire naturelle (1757)

Musée du Nouveau monde, La Rochelle


Le Page du Pratz, Naturels du Nord qui vont en chasse d'Hiver avec leur famille
Histoire de la Louisiane, Paris, 1758, t. 3 p. 164
BNF, Imprimés

Le Page du Pratz, Naturels du Nord qui vont en chasse d'Hiver avec leur famille
Histoire de la Louisiane
, Paris, 1758, t. 3 p. 164
BNF, Imprimés

Le plus étonnant, c'est qu'en dépit de ce bilan qui inaugure de Tristes Tropiques, la majorité des historiens estime à juste titre que les relations des Indiens d'Amérique du Nord avec les Français ont été plus respectables et moins violentes qu'elles n'ont été avec les Espagnols, Anglais et Américains.


Position des tribus indiennes en 1720