« Les habitants qu’elle [la Compagnie des Indes] y transporta, sentirent bientôt qu’il falloit renoncer au projet insensé de l’exploitation des mines, pour s’occuper uniquement de la culture des terres. […] Je regarde les Allemans & les Canadiens comme fondateurs de ce qu’on a d’établissement à la LOUISIANE »
Colonel Chevalier de Champigny, État présent de la Louisiane, La Haye, F. Staatman, 1776,
p. 16-18


Si l’on excepte une poignée d’aventureux canadiens, civils français expatriés de leur plein gré, et bien entendu les militaires et missionnaires volontairement passés à la colonie, force est de reconnaître que la Louisiane française a flatté l’imaginaire plus qu’elle n’a suscité de vocations pionnières.

Rencontre d'un pirate au large de Saint-Domingue
Récit des aventures de Seymard de Bellisle en Louisiane (août 1719 - février 1721) 
CAOM, C13C 4, f° 59 Au moment de la cession à l’Espagne, près de soixante ans après l’établissement de la colonie, il n’y avait pas dix mille Français en Louisiane. Et si ce chiffre avait plus que doublé en 1803, c’est grâce à l’apport massif et soudain des réfugiés d’Acadie et de Saint-Domingue.
Rencontre d'un pirate au large de Saint-Domingue
Récit des aventures de Seymard de Bellisle en Louisiane (août 1719 – février 1721)
CAOM, C13C 4, f° 59


Attribué à José Salazar, portrait d'Ignacio Balderas, Louisiana State Museum Attribué à José Salazar, portrait de Madame Balderas et sa fille, Louisiana State Museum
[1] Attribué à José Salazar, portrait d'Ignacio Balderas, Louisiana State Museum
[2] Attribué à José Salazar, portrait de Madame Balderas et sa fille, Louisiana State Museum

Les militaires ont formé le premier contingent, et parmi eux les Canadiens, venus avec Iberville et Bienville dès 1699. Ces hommes connaissent en effet la Nouvelle-France, ont l’habitude des relations avec les Indiens, sont de hardis navigateurs et soldats. Dans les premières années de l’établissement, la population ne dépasse pas quelques dizaines d’habitants. En 1706, on compte environ deux cents habitants, et quatre cent-cinquante en 1715, dont cent cinquante militaires de garnison. L’arrivée en nombre de personnel qualifié : agriculteurs, charpentiers, ouvriers des divers métiers du bâtiment, mais aussi de prisonniers libérés, et d’esclaves noirs, se fait sous le régime de la Compagnie des Indes, à partir de 1718. Un millier d’Allemands de Saxe et de Suisse partent également de Lorient vers la Louisiane.

État des habitants qui ont fait au Greffe du Conseil leur soumission pour avoir des nègres..., le 30 octobre 1726
CAOM, DPP Recensements, G1 464 État des habitants qui ont fait au Greffe du Conseil leur soumission pour avoir des nègres..., le 30 octobre 1726
CAOM, DPP Recensements, G1 464
  État des habitants qui ont fait au Greffe du Conseil leur soumission pour avoir des nègres..., le 30 octobre 1726
CAOM, DPP Recensements, G1 464

À la fin du monopole de la Compagnie, en 1732, le contingent français atteint à peine deux mille cinq cents habitants (Français, Allemands et Canadiens) pour la Basse-Louisiane, auxquels il faut ajouter mille huit cents esclaves noirs, et une centaine d’esclaves indiens servant essentiellement en ville. La même année, l’Illinois est beaucoup moins peuplé encore : quatre cent soixante-dix Blancs, cent quatre-vingt esclaves noirs, cent vingt esclaves indiens. Les maladies subies pendant les longues traversées, et les fièvres contractées dès l’arrivée, emportent les deux tiers des embarqués. Les Canadiens et le personnel européen des concessions vivent habituellement avec des Indiennes, et les Allemands sont venus en famille.

Gabriel de Saint-Aubin, Femme indienne et son ami français
Bossu, Nouveaux voyages aux Indes occidentales, 2de partie, p. 148
BNF, Imprimés Lettre de Pierre Lemoyne de Bienville, 1710-1711, p. 405-414 et 563-566, 
CAOM, C13A2 Lettre de Pierre Lemoyne de Bienville, 1710-1711, p. 405-414 et 563-566, 
CAOM, C13A2
  [1] Gabriel de Saint-Aubin, Femme indienne et son ami français
Bossu, Nouveaux voyages aux Indes occidentales, 2de partie, p. 148
BNF, Imprimés
  [2] [3] Lettre de Pierre Lemoyne de Bienville, 1710-1711, p. 563-566,
CAOM, C13A2

C’est pour les militaires casernés et les habitants de La Nouvelle Orléans et de La Mobile, que le manque de femmes françaises se pose le plus cruellement. L’émigration forcée des filles perdues de la Salpêtrière, celle des « filles à la cassette » (jeunes filles abandonnées mais dotées), celle des délinquantes de tout ordre, marquent les esprits, mais reste numériquement faible : sans doute pas plus de deux cents d’entre elles ont survécu au voyage et aux maladies des premiers mois.



E. Jeaurat, Le transport des filles de joie de l'Hôpital
Musée Carnavalet, Cabinet des Arts Graphiques
E. Jeaurat, Le transport des filles de joie de l'Hôpital
Musée Carnavalet, Cabinet des Arts Graphiques

Si l’on estime dans le même temps à environ cinquante mille personnes la population indienne vivant dans le même espace, vaste de près de trois fois la France actuelle, on mesure la faible densité de la population créole (Louisianais d’origine européenne).